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Rubrique: SOINS
Auteurs: Conseil Scientifique du CNGE &.
Citer cet article: Conseil Scientifique du CNGE &. Dépister : quoi, comment, et avec quelles preuves pour décider ?. exercer 2026;219:30-1.
Lien URL: https://www.exercer.fr/full_article/3052
Un dépistage a pour objectif de détecter les personnes qui, dans une population apparemment en bonne santé, ont un risque plus élevé de contracter une pathologie ou un problème de santé, pour qu’un traitement ou une intervention précoce soit proposé. Il vise à réduire l’incidence, la gravité et/ou la mortalité due à cette maladie ou à ce problème de santé dans la population1.
De nombreux critères sont nécessaires pour évaluer l’intérêt clinique d’un dépistage, ce qui explique pourquoi il n’est pas justifié de dépister toutes les pathologies asymptomatiques. En premier lieu, le rapport bénéfices/risques d’un dépistage n’est pas toujours favorable : cela peut être lié aux faibles performances du test de dépistage, à l’absence de traitement efficace pour les
patients dépistés, ou au trop grand risque d’effets indésirables liés au test ou au traitement, notamment le risque de surdiagnostic et de surtraitement. Ensuite, le rapport coût/efficacité du dépistage n’est pas toujours favorable, et il dépend des ressources disponibles au sein de chaque système de santé. Enfin, le dépistage et les éventuelles procédures diagnostiques et thérapeutiques consécutives doivent être accessibles et acceptables pour la population ciblée.
En tant que praticien de premier recours et par son approche centrée sur le patient, la médecine générale est au coeur de la médecine préventive2. Alors que les médecins généralistes (MG) prennent en charge en moyenne 2,2 problèmes de santé par consultation, 22 % d’entre eux correspondent à une situation de prévention, initiée par le MG dans la moitié des cas3. Le MG doit notamment identifier l’éligibilité de ses patients aux dépistages recommandés, puis prioriser avec eux ceux qu’il convient de réaliser. Cette priorisation doit tenir compte du rapport bénéfices/risques de chaque dépistage et des valeurs et préférences des patients4.
Une revue systématique publiée en 2024 montrait que la Haute Autorité de santé (HAS) recommandait le dépistage de 67 problèmes de santé : deux fois plus qu’au Royaume-Uni (n = 32) ou aux États-Unis (n = 30)5. Ces deux derniers pays disposent d’agences indépendantes, consacrées à l’évaluation de la pertinence des dépistages : l’US Preventive Service Task Force (USPSTF), et le UK National Screening Committee (UK-NSC). En France, la HAS ne publie pas de recommandations dédiées spécifiquement à l’ensemble des dépistages. Parmi les préconisations de dépistage de la HAS, 75 % n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation de leur niveau de preuve. Parmi le quart restant, 70 % étaient gradés « avis d’expert », soit un niveau de preuve très faible. La HAS recommande de dépister la moitié des problèmes de santé pour lesquels l’USPSTF juge la pertinence incertaine : par exemple le dépistage de l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs6. L’applicabilité des dépistages recommandés en France était discutable en raison du nombre important de critères d’éligibilité et d’une périodicité non définie dans 26,0 % des cas.
En France, l’absence de recommandations dédiées limite l’évaluation complète de la pertinence des dépistages. Pour aider les patients à prioriser les dépistages les plus pertinents pour eux, les MG ont besoin de recommandations fiables, mais aussi applicables, notamment en termes d’accès et de suivi des dépistages7.
Vous pouvez approfondir le sujet en visionnant la plénière du Conseil scientifique sur la chaîne YouTube® du CNGE.
The purpose of screening is to identify individuals in an apparently healthy population who are at higher risk of developing a disease or health problem, so that early treatment or intervention can be offered. It aims to reduce the incidence, severity, and/or mortality of that disease or health problem in the population1.
Many criteria are needed to assess the clinical value of screening, which is why it is not justified to screen for all asymptomatic diseases. Firstly, the risk-benefit ratio of screening is not always favorable: this may be due to the poor performance of the screening test, the lack of effective treatment for screened patients, or the excessive risk of adverse effects associated with the test or treatment, including the risk of overdiagnosis and overtreatment.
Second, the cost-effectiveness ratio of screening is not always favorable, and it depends on the resources available within each healthcare system. Finally, screening and any subsequent diagnostic and therapeutic procedures must be accessible and acceptable to the target population.
As a primary care provider and through its patient-centered approach, general practice is at the heart of preventive medicine2. While general practitioners (GPs) deal with an average of 2.2 health problems per consultation, 22% of these correspond to a preventive situation, initiated by the GP in half of the cases3. GPs must identify which of their patients are eligible for the recommended screenings and then work with them to prioritize which ones should be carried out. This prioritization must take into account the risk/benefit ratio of each screening and the values and preferences of the patients4.
A systematic review published in 2024 showed that the Haute Autorité de Santé (HAS) recommended screening for 67 health problems: twice as many as in the United Kingdom (n = 32) or the United States (n = 30). These two countries have independent agencies dedicated to assessing the relevance of screening: the US Preventive Services Task Force (USPSTF) and the UK National Screening Committee (UK-NSC). In France, the HAS does not publish recommendations specifically dedicated to all screening programs. Among the HAS screening recommendations, 75% had not been evaluated in terms of their level of evidence. Of the remaining quarter, 70% were graded as “expert opinion,” which is a very low level of evidence. The HAS recommends screening for half of the health problems for which the USPSTF considers the relevance to be uncertain: for example, screening for peripheral artery disease6. The applicability of the screenings recommended in France was questionable due to the large number of eligibility criteria and an undefined frequency in 26.0% of cases.
In France, the lack of specific recommendations limits the comprehensive assessment of the relevance of screening. To help patients prioritize the most relevant screening tests for them, GPs need reliable recommendations that are also applicable, particularly in terms of access to and follow-up of screening7.
You can learn more about this topic by watching the Scientific Council's plenary session on the CNGE's YouTube® channel.