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Des patients parlent de la mort : un souvenir ancré dans l'histoire de vie et de soin, un atout pour le médecin généraliste

Auteurs : Guineberteau C, Merlet C, Pignon A, Huez JF, Angoulvant C.

exercer 2018;140:63-9.

Rubrique: Recherche

N° 140 - Pages 63 à 69

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Résumé :

Contexte. Les occasions de parler de la mort en médecine générale sont multiples et pas uniquement liées aux situations de fin de vie.
Objectif. Comprendre ce que signifie, pour les patients, « parler de la mort » avec le médecin généraliste (MG).
Méthodes. Étude qualitative exploratoire par entretiens individuels semi-directifs. Échantillonnage ciblé de patients qui avaient eu une discussion sur la mort avec leur MG. Recrutement mixte : à partir de MG, puis par effet « boule de neige » à partir des premiers patients interviewés. Analyse par théorisation ancrée.
Résultats. Onze entretiens d’une durée moyenne de 46 min (min 17-max 101). L’expérience relatée concernait plutôt le vécu que l’échange avec le MG. Les non-dits semblaient prédominants, et la pensée du MG était déduite d’éléments non verbaux. Les représentations des patients, en particulier sur la fonction et les rapports à la mort du MG, ne favorisaient pas la discussion. L’ancrage dans l’histoire de vie et de soin permettait au MG de bénéficier d’une relation de confiance faisant de lui un interlocuteur privilégié potentiel. La revendication de l’autonomie (directives anticipées, euthanasie) était prépondérante.
Discussion. Le message des patients serait à entrevoir au-delà des mots, dans une attente de reconnaissance en tant qu’individus autonomes et dans un besoin d’aide pour donner du sens aux événements de vie traumatisants.
Conclusion. Au-delà de la difficulté à mettre en mots, les patients attendraient du médecin généraliste qu’il explicite son rôle et son intérêt sur la question de la mort pour s’autoriser euxmêmes à en parler.


Abstract :

Background. There are many opportunities to talk about death in general practice and not only close to end of life.
Objective. To understand the meaning of “talking about death” with general practitioners (gps), from the patients’ point of view. Method. Qualitative exploratory study by semi-structured individual interviews. Patients who had had previous discussions regarding death with their gps were recruited. Selection of patients first by purposive sampling and then by snowball sampling. Results. Were analyzed by grounded theory. 
Results. Eleven interviews lasting 46 min on average (min 17 - max 101). Their reported experience was more undergone than discussed with the gps there was a predominance of ‘unsaid’ aspects, and patients deduced their gps’ thoughts through nonverbal elements. Patients’ own assumptions, particularly about gps’ role and link to death, were not conducive to the discussion. A trusting relationship rooted in a history of life and care enabled the gp to be their first listener. Emphasis on autonomy (advanced directives and euthanasia) was central to discussions.
Discussion. The patients’ messages highlighted the importance of understanding beyond their  words to help them achieve meaning when facing traumatic life events and to be recognized as autonomous persons.
Conclusion. Above and beyond their difficulties of expressing themselves, patients would expect their gps to explicit their own roles and concerns about death,so that they, the patients, could bring themselves to talk about it.


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