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Une visite de trop en institution ? De l’agacement à la bienveillance

Auteurs : Savall A, Naudin L, Gocko X.

exercer 2018;139:24-6.

Rubrique: Recherche

N° 139 - Pages 24 à 26

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Résumé :

Introduction. Le récit de situation complexe authentique permet de réfléchir sur sa pratique. Cet article présente une réflexion éthique menée sur une situation de soin par le médecin généraliste en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
Narration. Remplaçante en médecine générale, l’équipe soignante d’un EHPAD me demande une visite pour une patiente centenaire, sourde, aveugle et démente, qui présente une agitation et une agressivité nocturne. Bousculée dans mon agenda, j’éprouve un agacement quant à un manque d’anticipation ressenti. Ce sentiment s’est estompé avec l’examen de la patiente, amenant un sentiment de compassion. J’ai choisi finalement de traiter la patiente par neuroleptique de courte durée d’action.
Discussion. La colère engendre un contre-transfert négatif à risque pour le soin du patient. La compassion entraîne un contre-transfert positif et une envie de bienfaisance. L’acceptation et l’analyse de ces sentiments permettent de lutter contre la dépersonnalisation inhérente à la démence. En cas de doute décisionnel, le médecin peut faire appel à un confrère dans le cadre de la collégialité. La décision collective incluant les soignants et la famille permet un meilleur abord des questions éthiques autour de la bienfaisance, de la non-malfaisance, de la justice et de l’autonomie. Le réflexe du « cure » pousse le médecin à prescrire. La recherche du « care » le pousse à réfléchir sur son action. La posture « bientraitante » réclame une personnalisation des soins afin de préserver la qualité de vie du patient.
Conclusion. Les questions et réflexions éthiques autour de cette situation incitent le médecin à se positionner à l’avenir dans un soin pluriprofessionnel et à s’approcher d’une posture « bientraitante ».


Abstract :

Introduction. The authentic complex narrative situation allows pondering on its practice. This article proposes an ethical analysis by family practitioner on the elderly in care facility.
Narration. The care team at a residential care facility is asking me for a visit. The centennial, deaf, blind and demented patient presents agitation and aggressiveness at night. Hustled in my diary, I feel annoyed about a lack of anticipation. This feeling faded with the patient’s examination leading to a feeling of compassion. I chose to treat the patient by a short-acting neuroleptic.
Discussion. Anger leads to a negative countertransference with the risk of forgetting the patient’s care. Compassion resulted in positive countertransference and a desire for “beneficence”. This posture enables to fight against the depersonalization related to dementia. In case of decision-making doubt, the general practitioner can call on a colleague in the framework of collegiality. Collective decision, including caregivers and the family, allows for a better approach to ethical issues around beneficence, non-malfeasance, justice and autonomy. The “cure” reflex urges the physician to prescribe. The search for “care” causes the physician to reflect on his action. To preserve the patient’s quality of life, “well treatment” requires the personalization of care.
Conclusion. Ethical analysis encourages the general practitioner to consider in the future pluriprofessional and collegial care and to approach a “well-treatment” posture.


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