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Mensonge impossible ?

Auteurs : Perret J, Bally JN, Plotton C, Gocko X.

exercer 2017;135:292-8.

Rubrique: Recherche

N° 135 - Pages 292 à 298

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Résumé :

Contexte. La relation médecin-patient a longtemps été empreinte d’un mensonge admis dans l’intérêt du malade. Au milieu du XXe siècle, le droit des patients à l’information et le modèle autonomiste ont proscrit le men-songe de la relation médecin-patient. L’objectif de ce travail était de décrire la place laissée au mensonge par les patients dans ce modèle de relation.
Méthode. Après avoir réfléchi à leur posture, les chercheurs ont mené une étude qualita-tive par théorisation ancrée. Des entretiens individuels semi-directifs ont été menés entre octobre 2014 et février 2016. L’échantillonnage était théorique. Le guide d’entretien utilisé a cherché à décrire les concepts de relation et de mensonge sans les aborder trop directement. Le nombre d’entretiens a été conditionné par la recherche de la saturation des données. La validité interne a été établie par une double analyse indépendante des données issues de la retranscription.
Résultats. Les quinze patients interrogés ont pensé le mensonge en dehors de la relation médecin-patient. Sa connotation était très négative. Tout dire au médecin était important pour leur santé et pour la relation de confiance. Ce mensonge impossible serait détecté par le médecin comme par le patient. Les médecins ne pouvaient mentir puisqu’ils avaient l’obliga-tion d’informer. Le non-dit se différenciait du mensonge par l’intention et tenait une place importante dans la relation. La proximité, la peur du diagnostic, du jugement et la volonté de se protéger conduisaient les patients aux non-dits. Les non-dits des médecins étaient justifiés par l’incertitude et la protection du patient.
Conclusion. Les patients ont clairement fait apparaître une différence entre un mensonge impossible et des non-dits usuels. Ils pensaient que le médecin pouvait adapter l’information au patient et aux circonstances.


Abstract :

Background. From time immemorial the physi-cian-patient relationship was marked by admis-sible lying for the patient’s own good. However, since the mid-twentieth century patients’ right to be informed and the predominance of an autonomous model have excluded lies from their relationship. The objective of this work was to describe the place patients neverthe-less allot to lies in accordance with this model.
Method. Having taken their posture into account, the researchers carried out a qua-litative study using the grounded theory approach. Individual semi-structured interviews took place from October 2014 to February 2016. Sampling was theoretical. The interview guide endeavored to describe the concepts of relationship and lying without addressing them head-on. The number of interviews was contingent on search for data saturation. Thematic content analysis was based on the transcripts and the notes taken by the resear-cher during the interviews. Internal validity was established by duplicate independent analysis.
Results. All fifteen of the interviewed patients considered lying as exterior to the physi-cian-patient relationship. Telling the physician everything was of importance for their health and for trustful interchange. The impossible lie could be detected by the physician as well as the patient. Physicians could not lie because it was their duty to inform. Unspoken words differed from lies in terms of intentionality, and assumed a major role in the relationship. Closeness, fear of the diagnosis and of being judged, and a wish to protect themselves led patients not to speak. As for the physician, what was left unsaid was justified by doubt and a wish to protect the patient.
Conclusion. Patients made a clear distinction between the impossible lie and words left uns-poken. They believed that physicians could tailor information to the patient and to the circumstances of a consultation.


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